Mon premier café
Toute petite, je voulais être grande. Du haut de mes trois pommes, je regardais ma maman et j’admirais ses vêtements, ses bijoux de princesse et ses chaussures à talons hauts. Je voulais m’habiller comme les adultes, manger comme eux, parler comme eux et boire comme eux. D’ailleurs, dès cinq ans, je commandais des Bloody Caesars au restaurant – sous l’œil scandalisé de ma mère et le regard amusé des serveurs. C’est en voulant devenir grande que j’ai goûté à mon tout premier café.
J’avais sept ou huit ans. Ma mère, à cette époque, était propriétaire d’une boutique de cadeaux dans un centre d’achats. Mon plus grand plaisir était d’aller passer la journée avec elle pour « l’aider ». Je passais la journée à déplacer des choses et à demander si je pouvais avoir tel ou tel parfum ou objet décoratif. Tout cela pour dire que ma maman m’envoyait souvent au petit resto d’à côté pour aller lui chercher son café (un lait, un sucre). La boisson me fascinait; j’adorais l’odeur et j’aimais voir ma maman le boire. Ça semblait si bon. Pour moi, pour être une femme, pour être une grande, ça y était, je devais boire du café.
C’est donc le pas décidé, un deux dollars en papier à la main, que je me suis un rendue au petit resto pour commander mon tout premier café, avec un lait et un sucre. Un peu pour faire comme maman, mais aussi pour que la serveuse croit que je venais chercher le café de ma mère, comme d’habitude. Il y avait un genre d’interdit assez excitant dans toute cette aventure. Mon café filtre en main, je me suis rendue dans l’arrière-boutique du magasin et j’ai pris ma toute première gorgée de café à vie. J’ai détesté ça. L’amertume du café que j’apprécie tant aujourd’hui, mêlée au sucre et à la chaleur de la boisson ne m’allaient pas du tout. Est-ce que j’allais me décourager? Oh que non. Après tout, si je voulais un jour devenir une vraie dame, eh bien il fallait que j’aime le café. J’ai commencé à aller chercher un, voire deux cafés chaque fois que l’occasion s’est présentée. Je l’ai goûté avec lait, avec sucre, avec crème… jusqu’à ce qu’un jour, vers 10 ans, je le boive noir et que je me surprenne à vraiment l’aimer juste comme ça. Sans artifice.
C’est à ce moment-là, précis, que mon histoire d’amour avec le café a commencé. Elle ne fait que devenir plus belle à tous les jours.